Même si mathématiquement tout demeure possible, Simon Beaulieu a pris une sérieuse option pour le championnat des pilotes en remportant dimanche dernier le Grand Prix d'Angleterre qui se déroulait sur le très rapide circuit de Silverstone. Le pilote Ferrari s'est adjugé quatre des quatre dernières épreuves auxquelles il a participé. Il est devenu la référence, le pilote à battre. Plus que jamais confiant, il sera difficile de le ralentir. Avec huit courses à faire, ses adversaires directs ont tout un défi devant eux. Ils n'auront pas d'autre choix que de relever leur jeu s'ils veulent conserver une chance de détrôner le champion du monde 2010-2011.
Jusqu'à maintenant, Michel Berthiaume se présente comme son principal adversaire. Avec ses deux victoires, il aurait pu jouer les trouble-fête sur les terres anglaises. Mais le pilote Williams s'est retrouvé derrière Dave Jesse qui a bondi de son bloc de départ. Bloqué dans la première portion de la course, Berthiaume a dû laisser filer Simon Beaulieu. Quant à Vincent Letellier, celui même avec qui le titre s'était joué l'an dernier, il a dû partir de nouveau du fond de la grille, détruisant ainsi toutes ses chances de s'imposer. Le pilote de la Red Bull n'a pas pour autant démérité. Il a livré une solide performance en effectuant une remontée spectaculaire dont il a le secret, se pointant au «finish» en quatrième position.
Aussi surprenant que cela puisse paraître, il a alors levé le pied pour laisser passer son coéquipier à quelques mètres de la ligne d'arrivée.
Consigne d'équipe? Geste amical entre coéquipiers?
La question se pose.
Il n'y a pas de quoi faire un scandale. On peut tout de même s'interroger sur la motivation du vice-champion. Espérons qu'il n'a pas baissé les bras. Il dispose de tous les atouts pour faire la lutte au sommet.
Alors qui pourra battre Simon Beaulieu?
Au début de la saison, Stéphane Éthier semblait en position de tirer son épingle du jeu. Après sa magnifique victoire au Grand-Prix d'Australie, tous les espoirs étaient permis. Malheureusement, le pilote de la McLaren connaît depuis un passage à vide. Pour ce qui est des Jesse, Patrick Lalancette, Mario Perreault, Stéphane Ferland, Michel Boulanger, Luc Labbé, Mario Beaulieu et Michel Harper, ils ont démontré de quel bois ils pouvaient se chauffer, réalisant plusieurs excellentes performances. Cependant, ils n'ont ni la constance ni la vélocité pour faire pâlir l'étoile Beaulieu qui semble plus que jamais en orbite autour du titre 2011-2012.
Chose certaine, il n'est pas invincible.
Sur le circuit de Silverstone, le champion du monde 2010-2011 a fait un tête à queue qui aurait pu lui coûter la course. Durant quelques tours, il a même perdu la tête au bénéfice de Berthiaume. Il a dû livrer une chaude lutte à ce dernier pour reprendre son bien. L'arrêt aux puits du pilote Williams allait lui faciliter la tâche, lui qui avait opté pour un seul arrêt, démontrant ainsi tout son talent et son art pour bien régler sa monture de manière optimale.
Un départ tonitruant
Composé de plusieurs enchaînements rapides, le circuit de Silverstone est très exigeant tant pour les pilotes que pour les pneus. Bon nombre d'équipes avaient prévu de faire deux arrêts ou plus. De par sa largeur, la piste anglaise ne facilite pas du tout les dépassements qui s'effectuent dans bien des cas à très haute vitesse.
Malgré de nombreuses échappatoires, les rails ne sont jamais tellement loin. Gare à ne pas mettre les roues dans l'herbe!!!
Pour gagner à Silverstone, il faut disposer d'une voiture stable dans les courbes et rapide en ligne droite.
S'il faut en croire son temps en qualification, Luc Labbé a trouvé, dimanche dernier, le meilleur compromis. Le pilote de la Toro Rosso — qui a fait montre de beaucoup de vitesse au cours des dernières courses — a réalisé toute une performance en enregistrant un temps sous la barre des 1:33. Le champion en titre Simon Beaulieu — qui se retrouve sur la première ligne de départ — est à... 4 dixièmes.
Labbé ne profitera cependant pas de sa pole position. Aussitôt que les feux rouges s'éteignent, sa voiture patine, fait du surplace, peine à avancer. Son premier rapport semble interminable. Beaulieu ne peut laisser passer une telle aubaine. Sa Ferrari prend en tête. Il est suivi de Berthiaume et Jesse qui a bondi de la troisième ligne. Ce dernier se révèle particulièrement en forme. Il tente un dépassement pour prendre le deuxième rang, et ce, dès le premier virage. Le pilote Williams maintient sa position, mais pas pour longtemps. Jesse insiste dans les enchaînements suivants et passe Berthiaume. Ayant finalement pu se lancer, Labbé tente d'arbitrer le débat entre les deux protagonistes en effectuant une manoeuvre osée, retardant son freinage à la limite. Roues bloquées, il évite de justesse la Williams et la Red Bull.
La course est lancée.
Derrière, ça joue du coude et Stéphane Ferland qui occupe la deuxième position au championnat en paiera fort le prix. Avant même de franchir la première courbe, quatre voitures se retrouvent côte à côte, Ferland (complètement à l'intérieur), son coéquipier Daniel Ranger, Stéphane Éthier et Serge Martin. Mario Beaulieu suit de près, bien conscient qu'il est peu probable que les pilotes puissent aborder le virage de front, sans devoir lever le pied. L'inévitable se produit. La roue arrière de la Mercedes de Ferland percute la McLaren d'Éthier et se soulève. Déstabilisée, sa Formule Un part tout droit dans l'échappatoire. Antoine Lavoie doit sortir large pour éviter les voitures en perdition. Dans la confusion, son coéquipier Guy Lavoie est percuté par l'arrière. Son aileron est endommagé; il devra retraiter aux puits pour le changer.
Ils ne sont pas les seuls à jouer les durs. Dans les premiers enchaînements, des voitures se touchent, les roues se frottent (Michel Harper, Daniel Jacques, Stéphane Éthier - Team Ferron); d'autres effectuent de légères sorties de route (Thomas Lavoie et François Chenevert), mais heureusement sans conséquence pour les pilotes impliqués. Lors du premier passage devant la ligne des puits, Simon Beaulieu pointe en tête. Il est suivi par Dave Jesse qui a déjà un léger retard, Michel Berthiaume, Luc Labbé et Patrick Lalancette.
La mort dans l'âme, Ferland rentre aux puits pour faire réparer sa monture. Il repart bon dernier.
Une course presque sans histoire
Dès les premiers tours, Simon Beaulieu a la situation bien en mains. Il attaque tout en préservant ses pneus. Il ne fera qu'un arrêt, soit au dix-septième tour. Il reprend la piste, mais commet une petite erreur au vingtième tour. Résultat : il se retrouve en tête-à-queue. Il se fait alors passer par Berthiaume qui prend la tête du Grand Prix. La Ferrari remonte comme une fusée sur la Williams, mais le pilote de l'équipe anglaise résiste. La lutte fait rage et elle est de toute beauté. Toutefois, le vainqueur des Grands Prix de Chine et Valence devra rendre les armes, en effectuant son deuxième arrêt aux puits. Beaulieu a la piste libre devant lui. Plus rien ne pourra l'arrêter. Berthiaume tente bien de le remonter, mais c'est trop peu, trop tard. Labbé est sur ses talons.
Dave Jesse rencontre bon nombre de difficultés, lui qui s'est arrêté au onzième, puis vingt-cinquième tour. Au dix-septième tour, il effectue une légère sortie de route, puis dix-sept tours plus tard, il part en tête en queue. Ses espoirs de podium s'évanouissent.
Patrick Lalancette qui occupait une brillante quatrième position est encore moins chanceux. Lui qui a su se faufiler lors du départ, il voit sa course s'arrêter brutalement. Après avoir roulé longuement dans le peloton de tête, les roues gauches de sa Force India mordent dans la pelouse, part en dérapage, effectue une glissade interminable et termine sa course dans les rails. Le pilote aurait sûrement voulu réaliser une belle performance en Angleterre, lui qui a déjà remporté ce Grand Prix. Mario Perreault effectuera une manoeuvre presque similaire dans le même virage. Heureusement, il évitera de taper. Cependant, il perdra beaucoup de temps en voulant reprendre la piste. Il glisse du sixième au vingt-deuxième rang.
Toute une remontée
Si la plupart des pilotes se sont retrouvés à un moment de la course à rouler dans leur monde, ce n'est pas le cas de Vincent Letellier qui a connu une course mouvementée, remontant le peloton, dépassant les pilotes le devançant de même que les retardataires. Il a effectué de nouveau une superbe course, et ce, après s'être qualifié en fond de grille (seizième temps), victime, rappelons-le, d'une pénalité de cinq positions à Hockeinheim.
Le pilote de Red Bull effectue un départ prudent pour éviter de se retrouver dans les accrochages du départ. Son approche se révèle payante. Les incidents lui permettent de gagner, d'entrée de jeu, plusieurs positions. Au deuxième tour, il remonte Michel Harper et le dépasse. Le tour suivant, c'est au tour de Chenevert de goûter à sa médecine. Au sixième tour, Il s'attaque à Ranger qui reprend son bien le tour suivant. Il n'entend pas en rester là. Il repasse à l'attaque quelques tours suivants et se retrouve en dixième position. Il prend ensuite en chasse la Ferrari de Mario Beaulieu qu'il dépasse au treizième tour. En faveur des arrêts aux puits et d'abandons, il se retrouve en cinquième position, position qu'il perd après son arrêt aux puits au dix-septième tour. Il glisse au huitième rang. Dans les tours suivants, il repasse Harper, puis se retrouve sous l'aileron arrière de Team Ferron. La Lotus ne peut résister. Au vingt-sixième tour, il se retrouve dans la roue d'Éthier qui rentre aux puits. Cette position, il la reperd immédiatement après son deuxième arrêt. Il devra attendre au trente-troisième tour pour rejoindre la McLaren. Éthier ne peut rien faire contre la Red Bull qui est souveraine. Letellier n'entend pas s'arrêter en si bon chemin. Il remonte comme une fusée son coéquipier Jesse qui occupe alors le quatrième rang. Dans le dernier tour, il le passe dans la dernière chicane. Toutefois, à la surprise des dizaines de milliers spectateurs présents, il lève le pied à quelques mètres de la ligne d'arrivée pour le laisser repasser.
Quelle course! Une progression de douze positions, non... onze qui fera sûrement jaser dans le cirque de la Formule Un virtuel.
Les championnats
Simon Beaulieu remporte donc son cinquième Grand Prix de la saison 2011-2012. Il est suivi par Berthiaume qui avec cette solide performance reprend la deuxième position au championnat, et ce, à mi-saison. Viennent ensuite Labbé, Jesse, Letellier, Éthier, Ferron, Mario Beaulieu, Harper et Jacques qui complète le top 10. À la suite d'une course difficile en Angleterre, Ferland rétrograde au troisième rang au classement du championnat de Grand-Prix Québec. Occupant le quatrième rang, Letellier demeure dans la course au titre. Ses chances diminuent. Cinquante points le séparent de la tête. Il devra compter sur des contre-performances de ses adversaires pour espérer remporter le titre, si cela, bien entendu, fait partie de ses objectifs. Suivent au championnat la première Lotus, celle de Michel Boulanger qui a connu un Grand Prix mi-figue mi-raisin à Silverstone, les deux Mario (Perreault et Beaulieu), Jesse qui remonte au classement, Harper dont la régularité et l'expérience en course paie de plus en plus, et Éthier qui demeure, force est de constater, en dessous de ses marques, malgré ses belles performances.
En ce qui concerne le championnat des constructeurs, peu de changements. Williams continue de trôner en tête devant Mercedes et Ferrari.
Que nous réserve la deuxième partie de la saison de Formule Un?
Plusieurs Grands Prix des plus passionnants et surtout rapides s'en viennent avec Spa et Monza.
Grands Prix à suivre!
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